Critique du livre « L’amant de Lady Chatterlay », H.W. Lawrence, 1928

Critique par Fabien Romary

L’amant de Lady Chatterley fut un ouvrage dérangeant pour son époque à plus d’un titre : adultère hétérogame, entre deux êtres de classes sociales que tout semble opposer, scènes érotiques, vision pessimiste du progrès sur fond d’une nature corrompu par l’argent. En substance on peut y lire l’exploitation d’une classe privilégié sur celle laborieuse. Le caractère érotique et plus particulièrement la jouissance féminine firent scandale. Le sexe ne pose plus de problème dans la littérature de nos jours, mais les autres sujets sont toujours d’actualité. Dans les années 1920 on ne parlait sûrement pas de problème écologique mais la question est aujourd’hui brûlante, c’est le cas de le dire. Et que dire de la lutte des classes… les inégalités sont plus fortes de nos jours qu’il y a un siècle (cf travaux de l’économiste Thomas Piketty…). Autant vous dire que L’amant de Lady Chatterley est un roman à lire ou à redécouvrir d’urgence.

C’est l’histoire d’un amour adultère, entre Lady Chatterley (Constance), riche épouse, et un garde-chasse plutôt rustre, Mellors.

Mellors est au service d’un riche industriel, Clifford, grièvement blessé sous la ceinture pendant la première guerre mondiale. Il est non seulement incapable de faire usage de ses jambes mais il est aussi impuissant, incapable de satisfaire sa femme. Il a toute sa tête mais son corps est meurtri.

L’histoire se passe dans les années 1920, le progrès est en marche. Clifford possède une voiture qu’il utilise parfois pour se déplacer dans sa vaste propriété. La chaise roulante, comme l’automobile, supplée aux jambes du châtelain. Clifford est propriétaire de mines non loin de son château, dans une industrieuse région anglaise des Midlands. L’ouvrage décrit merveilleusement la dégradation de l’environnement en raison de la présence de nombreuses mines, qui mine – c’est le cas de le dire – la belle campagne anglaise. Parfois les galeries défigurent les fastueuses propriétés, mais les propriétaires – sans scrupules – préfèrent encore gagner de l’argent plutôt que conserver l’intégrité et la beauté de leur lieu de vie. « Le fer et le charbon avaient profondément dévoré le corps et l’âme des hommes. » (p283). L’auteur, originaire d’une région minière, regrette t-il lui même les paysages pastoraux ? C’est ce que l’on peut aisément penser en substance. Les descriptions de ces paysages dévastés ne sont pas ragoûtant.

Lady Chatterley a d’abord une relation extraconjugal avec Michaelis, un riche écrivain irlandais, parvenu, plus proche de son milieu social, mais qui ne lui donne pas satisfaction, pas plus d’un point de vue moral que sexuel. Après avoir jouit, Michaelis est repus auprès d’elle, alors qu’elle doit se faire jouir elle-même pour trouver satisfaction. Cette situation ne pouvait pas durer.

Au fil de l’histoire Lady Chatterley s’éloigne de son mari pour se rapprocher de plus en plus près de Mellors, le garde-chasse. Mellors vit littéralement dans les bois. C’est elle qui vient le voir, d’abord dans une cabane où son élevé des animaux pour les besoins du château. On peut y voir une forme d’innocence dans ces premières rencontres, un retour virginal à une nature primaire, sauvage. Puis c’est dans sa maison de garde-chasse, dans la forêt, qu’elle passera de plus en plus de temps. Mellors a beau être un rustre parlant le dialecte, elle préfère encore l’authenticité de ses sentiments, de l’environnement dans lequel il vit, la simplicité, plutôt que la corruption moral de la société et de la nature par l’argent.

Et puis surtout Mellors donne satisfaction à Constance, il sait la faire jouir. Pour l’époque le livre a pu surprendre car il évoquait la question du plaisir féminin, vaginal ou clitoridien. Le livre fut même interdit en Angleterre, mais de nos jours on ne peut plus le classer en tant que livre érotique. On y trouve tout juste quelques scènes érotiques et un vocabulaire un peu viril, debout et fier comme un I.

Mais Mellors n’est pas un simple garde-chasse, il a aussi été officier et connaît bien le monde. Il parle un très bon anglais quand il le veut bien. Il a fréquenté la haute société qu’il semble maintenant mépriser.

Mellors est un homme proche de la nature, proche du corps, il a besoin de l’acte physique. Lady Chatterley lui donne du plaisir, il tire aussi satisfaction de coucher avec l’épouse de son patron, mais il est lucide, il sait que cette relation va leur poser des problèmes.

A mesure que Lady Chatterley se rapproche de Mellors, elle ne supporte plus d’être au petit soin de Clifford dans le cadre de son handicap. Le personnage de Miss Bolton prend alors de l’importance, infirmière, elle remplace Lady Chatterley pour les soins et s’installe au château. Miss Bolton s’occupe bien de Clifford, comme une mère ou une amie, plus qu’une amante, il trouve aussi de la satisfaction dans leurs discussions. Miss Bolton conseil, elle a également beaucoup de psychologie. Elle devine que Lady Chatterley a une relation avec un autre homme et découvre que c’est le garde-chasse. Horreur ! C’est une relation profondément déshonorante pour Lady Chatterley et son mari. Miss Bolton ne dit rien, comme si elle comprenait Lady Chatterley.

Clifford est davantage dans l’intellect, la spiritualité. Son corps diminué, il se réfugie dans les livres et s’enthousiasme pour l’innovation, il prend du plaisir a créé des inventions pour améliorer la performance de ses mines. Pourtant richissime, il n’a jamais assez d’argent. Incapable de jouir sexuellement, dans sa chair, il semble trouver du plaisir dans le symbolisme, le pouvoir qu’il a sur les autres.

L’histoire décrit très bien l’opposition entre la destruction du paysage naturel représenté par les mines, et la beauté des forêts lieu de vitalité et d’amour représenté par les corps de Mellors et Lady Chatterley. Les corps qui s’unissent pour leur simple plaisir sont mis en opposition avec la spiritualité où c’est réfugié Clifford. On peut y voir aussi une critique de la transformation lié au progrès. La forêt, la campagne font place aux mines, au charbon, aux paysages noir qui génèrent de l’argent et corrompt les mœurs. Les corps ne sont alors plus que des machines à extraire.

Clifford est un personnage superficiel, d’apparence. Il serait prêt à avoir un enfant d’un autre homme dont Constance serait la mère, pourvu qu’on ne sache pas qui est le père. Bien sur il faudrait que le père soit du même milieu social que Clifford.

Mellors, au contraire, est un personnage qui a beaucoup de profondeur. Peu bavard au départ on en apprend davantage au fil de la lecture, sur sa vie passé. Il a non seulement été officié, mais il est aussi marié, mais séparé de corps depuis longtemps. Son ex-femme resurgit alors que Constance est en voyage à Venise avec sa sœur chez des parents. Il a aussi parfois des considérations sur les inégalités sociales, économiques ou sur la religion. Il termine d’ailleurs le livre par un long monologue.

Dans la dernière partie du livre, c’est la débandade, Clifford apprend le pot aux roses de la liaison de Mellors et Constance par les commérages de l’ex-femme de Mellors. Égale à lui-même, il écrit des courriers cyniques à Constance.

Au retour vénitien de Constance, impossible pour elle de retourner vivre avec Clifford. Elle veut divorcer alors que lui ne le souhaite pas. On suit alors les aventures de Mellors et Constance qui tentent de vivre ensemble, simplement, tout en essayant de se séparer de leurs conjoints. C’est une fin d’ouvrage alors très moderne qui s’ouvre en perspective, le lot commun de beaucoup de couple. Le couple quitte définitivement le monde, ses privilèges, on les verraient bien tous les deux travailler. Rien ne nous dit si finalement Mellors et Constance vivent heureux, s’ils ont des enfants ensemble. Peut être seront-ils pris dans des procès interminables, des scandales, des disputes ? Le scandale de l’adultère semble s’achever par la tentative d’une vie de couple ou l’on perçoit l’âpreté de la vie.

L’oeuvre s’inscrit dans la filiation d’autres grands ouvrages traitant de l’adultère, comme Madame Bovary (Flaubert, 1857) ou Anna Karénine (Tolstoi, 1877), en y rajoutant sa modernité, le progrès, la dégradation de la nature, les différences de classes sociales (c’était déjà un aspect de Anna Karénine), le vocabulaire érotique.

J’ai adoré ce livre car il est agréable à lire et possède plusieurs niveaux de lecture d’une étonnante modernité. J’ai beaucoup aimé ce lien pertinent entre corruption et dégradation de la nature et perversion des corps, des mœurs de la société. La liaison entre Mellors et Constance est paradoxale, d’un côté elle est contraire aux mœurs, pourtant elle est subversive, car elle tente de substituer le mépris, l’exploitation de l’humain et la dégradation de la nature, par l’amour et le respect de la vie sauvage, ce qui n’est déjà pas si mal.

(4,5 / 5)

Fabien Romary (16/01/2023)

H.W.-Lawrence-Lamant-de-Lady-Chatterley-critique-par-Fabien-Romary (pdf)

46 « activités » GRATUITES ou à moins de 5 euros à vivre ou à faire pour se faire plaisir tous les jours

MISE A JOUR DU DOCUMENT : ajout de nouvelles rubriques

Ce qui a de la valeur c’est ce qui n’a pas de prix. Une fois qu’on est logé et qu’on mange chaque jour à sa faim, qu’est ce qui peut contribuer à nous rendre heureux et à nous sentir bien ?

Être heureux n’est absolument pas une question de moyens, ni de possessions matérielles, même si comme le dit le dicton populaire, « ça y contribue ».

Dans ce texte on trouve des activités que l’on peut faire seul avec un minimum d’équipements et de moyens (gratuit ou moins de 5 euros). Pourquoi seul ? Parce que c’est probablement lorsqu’on est seul qu’on a le plus de difficulté à trouver des sources de plaisirs. Quand on est entouré d’amis, familles, ou lorsqu’on est en couple, il est probablement plus simple de passer de bons moment et de trouver des plaisirs partagés. Finalement avec le télétravail, avec les confinements que nous avons tous vécu, on se retrouve seul plus souvent qu’on ne le penses – de façon subi ou choisi. Et même entouré d’amis il est bon d’être seul de temps en temps pour se retrouver, se découvrir intérieurement.

Ce texte n’a pas d’autre ambition que de trouver des sources de plaisirs même quand tout semble aller mal autour de soi.

Cliquez sur ce lien pour télécharger l’article complet (22 pages)

A la découverte du Royaume-Uni

Le tracé de notre parcours
Londres, deux cabines « historiques », au coude-à-coude, entre modernité et traditions en devenir…

Pendant l’été 2022 nous sommes partis 4 semaines en Grande-Bretagne en prenant l’Eurostar pour la 1ère fois. En partant de Strasbourg, après un trajet de moins de 6 heures (avec changement à Paris), nous voici au centre de Londres (Saint Pancras) même pas fatigués du voyage !

En dehors de Londres nous ne connaissions pas la Grande-Bretagne. Ce voyage a été l’occasion de découvrir, ou plutôt d’apercevoir, 3 des 4 « pays » du royaume : Angleterre, Pays de Galles (sud) et l’Ecosse (Highlands). En quittant Londres nous avons loué une voiture, c’était la solution la plus pratique pour découvrir à la fois les villes et les coins reculés du Pays de Galles et de l’Ecosse.

Voici les grandes étapes de notre périple : Londres, Bath, Cardiff (Pays de Galles), Edimbourg (Ecosse), Glasgow, Inveraray (Highlands), Manchester et enfin retour à Londres.

Parmi les nombreuses choses que nous avons appréciées, dans ce pays baigné à la fois dans la modernité et les traditions, il y a quelque chose de récurrent, comme un fil conducteur qui nous a suivi tout le long du voyage: les pubs. C’est pourquoi j’ai souhaité y consacrer un article car il s’agit de véritables lieux de sociabilisation qui permettent de mieux comprendre la culture Britannique.

« British pub » et sociabilisation : article sur les pubs et nos expériences de contacts avec les anglais

Voir les photos de nos vacances

Pitron Guillaume « L’enfer du numérique, voyage au bout d’un like », 2021

Ecrit par un journaliste, Guillaume Pitron, déjà auteur d’un important ouvrage « La guerre des métaux rares » (2018).

Ce nouvel ouvrage est un important travail d’enquête réalisé sur le terrain. L’ouvrage est très documenté, sérieux avec des interviews d’expert, même si on peut lui reprocher parfois son style sous forme de récit de voyage.

Le livre prolonge le travail réalisé sur les métaux rares et nous fait réalisé que le numérique n’est pas la solution aux problème climatiques.

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La Numérisation du Monde, Fabrice Flipo (2021)

Note de lecture et avis sur l’ouvrage « La Numérisation du Monde – un désastre écologique », Fabrice Flipo (2021)

Etant intéressé depuis de nombreuses années par la sobriété numérique, je partage ici mes notes de lectures et mon avis publié sur Babelio.

Il s’agit d’un excellent ouvrage résumant parfaitement les enjeux liés à la démesure des usages du numérique aujourd’hui. Plusieurs solutions proposés que j’ai synthétisé dans le document.

Télécharger mes notes de lectures (PDF)

Récit de Voyage « Chemin de Stevenson », GR 70

du 14/07 au 24/07/2021, du Puy-en-Velay à Saint-Jean-du-Gard : Un père et son fils sur le chemin de Stevenson

Mijavols et son majestueux pont ferroviaire

Avant Propos

Ce récit de voyage est basé sur une randonnée réalisée entre le 14/07 et le 24/07/2021 avec mon fils Bruno. Pour préserver l’anonymat des nombreuses personnes rencontrées j’ai changé leurs prénoms et j’ai parfois romancé nos échanges pour ne pas qu’on puisse les reconnaître ou les mettre mal à l’aise en lisant ce récit.

L’intégralité du parcours décrit ainsi les gîtes-étapes correspondent bien à la réalité que nous avons éprouvée.

Introduction

En 2018, avec mon fils Bruno et mon frère, nous avions marché une semaine sur une petite portion en Espagne du sentier de Compostelle Camino del Norte (180km). A cette époque Bruno avait 10 ans et demi, il a maintenant 3 ans de plus soit 13 ans et demi. Cette fois, c’est seulement tous les deux que nous nous lançons à l’assaut du sentier de Stevenson. Je n’ai pas eu besoin de convaincre mon fils, il aime marcher.

J’ai découvert le sentier de Stevenson un peu par hasard, par sérendipité pourrait-on dire. En classe de 5ème, mon fils a lu « L’île au trésor » de Robert Louis Stevenson, c’était au printemps 2020. Après sa lecture de l’ouvrage, en plein confinement en raison du coronavirus, piqué par la curiosité parce que je n’avais jamais lu ce célèbre livre, je lui ai « emprunté ». J’ai beaucoup apprécié la lecture de cette incontournable aventure de jeunesse, c’est pourquoi je me suis mis à m’intéresser à la biographie de Stevenson. J’ai ainsi aperçu un titre qui a éveillé ma curiosité « La traversée des Cévennes avec un âne ». Suite à cette lecture j’ai découvert non seulement un cocasse récit de voyage mais aussi une région. Ainsi, l’été 2020 nous l’avons passé en voiture et en famille dans les Cévennes… pendant ces vacances je savais que je reviendrai un jour faire le chemin de Stevenson que nous avions croisé à plusieurs reprises lors de nos vacances « en famille ».

Les confinements successifs m’ont donné encore davantage l’envie de marcher et de passer du temps dans la nature, à l’extérieur au grand air.

Le chemin de Stevenson je l’ai préparé un peu au dernier moment, 1 mois et demi avant notre départ en train le 13/07/2021 depuis Strasbourg.

Les préparatifs, à savoir l’organisation des ravitaillements, préparation du trajet, et surtout la réservation des gîtes d’étapes… étape indispensable comme nous le verrons dans ce récit, se sont faits rapidement.

Ce n’est donc pas le film « Antoinette dans les Cévennes » qui nous a fait découvrir le sentier, mais nous avons croisez de nombreux randonneurs qui ont découvert le chemin suite au visionnage.

Comme j’aime le répéter, il n’y a pas qu’un chemin mais des milliers, autant qu’il y a de voyageurs en réalité. Chacun le fait à sa façon, à son rythme. Le but de toute façon n’était pas notre arrivée à Saint-Jean-du-Gard, mais le chemin en lui même, les souvenirs, les rencontres, les nombreux moments de complicité et toutes les leçons sur le chemin.

Pour l’organisation de ce récit, pas d’originalité, vous y trouverez étape par étape notre parcours, parfois sur les pas de Stevenson, d’autrefois sur d’autres sentiers pour des raisons pratiques, sur le GR700 dit « Régordane » pour couper certaines étapes. En guise de conclusion j’ai rédigé une postface sur la notion de plaisir et le rapport à la nature pendant les randonnées en itinérance. Mais avant cela commençons par les préparatifs. C’est parti.

Pour lire la suite, télécharger le récit de Voyage au format PDF (68 pages)

Liens vers les photos

Table des Matières

Préparatifs, avant le départ 2

Etape 1 : du Le Puy en Velay – Saint-Martin de Fugères (via le Monastier) 28,4 km 3

Etape 2 : Saint-Martin de Fugères – Landos (gîte communal) 5

Etape 3 : Landos – Langogne (via Pradellles) (Mas de l’oncle Joseph) 8

Etape 4 : Langogne – Laveryrune (Colonie l’Espoir) 13

Etape 5 : Laveyrune – Chasseradès (Gite Les Airelles) 19

Etape 6 : Chasseradès – Station du Mont-Lozère 24

Etape 7 : Station du Mont-Lozère – Mijavols (via Pont-de-Monvert) 32

Étape 8 : Mijavols – La Borie (via Florac) 39

Étape 9 : La Borie – Saint-Germain-de-Calberte 46

Étape 10 : Saint Germain de Calberte – Saint-Jean-Du-Gard 51

En train à vapeur et en bus de Saint-Jean-du-Gard à Alès 58

Postface 59

Annexe 63

Chronique d’une semaine ordinaire : fonte des glaciers et autres joyeusetés

J’irai marcher « pour le climat » dimanche 9 mai !

Les mauvaises nouvelles s’accumulent dans la presse, ce n’est pas nouveau, mais elles ont de plus en plus un lien avec le climat… âme sensible et à tendance suicidaire s’abstenir…

Journal L’Alsace, mercredi 28/04/2021. Saviez vous que presque tous les glaciers fondaient inexorablement depuis l’an 20001 ? Bien sur nous le savons, puisque tout le monde sait que la planète se réchauffe. Presque tout le monde maintenant est d’accord la dessus.

Dans la presse, il n’y a pas un jour sans qu’un événement d’une ampleur dramatique, digne d’un film catastrophe, ne nous soit rappelé.

Géo Magazine, jeudi 29/04/2021. Australie. La grande barrière de corail disparaît, pourtant classé UNESCO au titre du patrimoine naturel, elle blanchit et les magnifiques poissons qui l’entourent, disparaissent avec. Vous n’étiez pas au courant ? Heureux de vous l’apprendre.

Que fait-on pour y remédier ? Des projets de haut parleur sous marin sont envisagés pour revigorer les coraux en imitant les coraux sains2… ou encore une technique « révolutionnaire » qui consisterait à rendre les « nuages brillants » pour diminuer la température de l’eau3… ainsi on prolongerait de 20 ans la durée de vie des coraux ! Toujours ça de pris d’autant que ces coraux sont une manne pour le tourisme avec quelques milliards de recette par an… sans compter les bénéfices pour la pêche etc…

Les solutions technocratiques pour « sauver » la barrière de corail ne manquent pas et sont toutes plus folles les unes que les autres.

Francetvinfo, lundi 03/05/2021.Les étudiants sont très affectés par la crise sanitaire du coronavirus. Mais pas seulement les étudiants, ni les premières années, qui sont bloqués la plupart du temps dans leur studio en visio, sans contact, sans convivialité. Même les bons élèves au lycée ne sont pas épargnés4. Pourquoi cette crise ne toucherait que les étudiants alors que les lycéens ne sont au mieux qu’à mi-temps en cours ? On ne compte plus le nombre d’élèves qui ont échoué leur année ou qui ont décroché du système scolaire. Quel avenir offrons nous à la jeunesse ?

futura-sciences.com, mardi 4 mai 2021. « Brésil : la forêt amazonienne émet désormais plus de CO2 qu’elle n’en absorbe depuis 10 ans ! »5. Même si le titre est maladroit, sur le fond c’est proprement hallucinant ! Ceux de ma génération (quarantaine) se souviennent qu’on nous apprenait à l’école que l’Amazonie était l’un des poumons de la planète, mais aussi un capteur de CO². Et bien plus que cela, une forêt primaire d’une diversité incroyable. Maintenant, au loin, on entend les tronçonneuses… La forêt primaire est défrichée pour l’agriculture, les transports… et ce n’est pas la seule, voyons ce qu’on a fait de Madagascar et plus récemment de Bornéo. Proprement scandaleux et irresponsable, mais ô combien complexe car le mal est à la racine du système économique.

On croit réellement rêver lorsqu’on lit ces articles de presse et il y en a tous les jours. J’en connais beaucoup qui ne regarde plus la presse tellement ils sont écœurés.

Les médias voudraient-ils nous faire peur ? Les scénarios catastrophes attirent-ils les chalands et les invitent-ils à cliquer sur les liens pour consulter ces articles et souvent la publicité qui y est associée ?

Même si l’on peut reprocher une certaine mise en scène, ou des titres racoleurs, sur le fond les médias ont raisons : le climat change et ce ne sont pas les articles, même alarmistes, qui y changeront quelque chose. Bien qu’éparpillés, ces articles mis bout à bout ne sont que le reflet d’une société malade. Une société écocide qui maltraite notre planète et nous rend, en tant qu’individu, malade. Ces articles nous rappellent nos manquements, les errements de nos politiques, et ce quelque soit le pays ou le régime en place. Cupidité, vice, déclin de la civilisation, l’histoire ne se répète jamais deux fois de la même façon…

Et pendant ce temps… Amazon, Google, Facebook, Apple (GAFA), et bien d’autres, continuent d’engranger de gros bénéfices et d’exploiter nos données et notre vie privée. Il n’y a jamais eu autant de milliardaires et d’inégalités dans notre monde.

Numerama, vendredi 30 avril 2021. Bientôt les plus fortunés pourront s’acheter un ticket pour voler dans l’espace6, puis ce sera au tour de Mars…

On croit rêver encore. Comment est ce possible ? Comment autant de futilité et de vaine consommation peuvent elles être possibles au moment même où la planète a besoin d’être ménagé ? Les compensations carbones, malus écologiques, et autres « arbres plantés » ne sont qu’une vaine illusion digne de l’époque du dépassé concept de « développement durable ».

Le Monde, mercredi 4 mai 20217. On attendait beaucoup de la loi climat, dont le texte est issu de la convention citoyenne pour le climat réunissant 150 citoyens. Déceptions car de nombreux points n’ont pas été retenus ou rabotés suite au lobbying du secteur aérien, publicitaire, de la viande, automobile… bref notre président et les députés ont tenté de concilier l’écologie et les enjeux écologiques… comme si l’écologie et les objectifs à atteindre pour notre bien être se négociaient comme un taux de crédit.

C’est un changement majeur de modèle de société qu’il faudrait décider mais nos dirigeants manquent cruellement d’ambition, de courage et d’imagination. En lisant ces articles, on peine à croire que c’est la réalité, que c’est bien le monde dans lequel nous vivons, que c’est bien l’humain qui a engendré tout ça. Lui qui ne croit plus en Dieu se croit lui même déiste, homme-dieu. Vit-on un cauchemar éveillé ? Pourtant non tout ceci est bien réel, et par notre faute… et on se croit encore « intelligent », « supérieur » !

Comment peut-on continuer à perfuser un système qui dégrade notre planète, en polluant l’air, en dégradant les écosystèmes et en favorisant les inégalités ?

On constate une grande indifférence face à ces « nouvelles », et en même temps, nous nous interrogeons de plus en plus sur nos comportements. Le fait d’avoir une voiture, de prendre l’avion, de consommer de la viande, etc.. les conversations familiales et même amicales deviennent stigmatisantes, on se sent jugé et impuissant, comme si on en faisait « jamais assez ». Dans ce système nous sommes forcément souvent en contradiction avec nos valeurs – et cela ne peut pas nous rendre durablement heureux.

C’est un modèle qui est en train de s’écrouler car il était basé sur une consommation infinie dans un monde fini qui a besoin d’harmonie. Le monde occidental n’est pas un modèle. Après la paix entre les hommes c’est la paix avec la nature, les animaux qu’il faudrait entreprendre. Rebâtir ce que l’on entend par universalisme : qu’inclut-on sous ce terme ? L’homme et sa quête de connaissance de l’univers, malmenant la biodiversité ou l’homme humble qui vit en harmonie sur sa planète, en respectant sa « terre-patrie », ses peuples, au sein d’un univers plus vaste, insondable.

On a priorisé l’immédiateté et le plaisir du consommateur, au détriment d’un projet collectif sur le long terme, la convivialité, la spiritualité, le bonheur. Il n’existe pas de limites matérielles individuelles, d’où ce sentiment de puissance et de démesure actuels des plus riches, qui sont tout sauf des modèles (surtout en yacht, fusée, grosse berline et maison à plusieurs dizaines de millions de $). La connaissance, l’amour, l’amitié, la poésie n’ont pas de limites, mais le matériel devrait avoir des limites et les politiques devraient être clairs la dessus. C’est le signal fort à donner, tout ne peut pas s’acheter ni être produit, il faut une échelle compatible avec ce que la nature peut absorber. Récompenser, oui, mais limiter ce que l’homme peut prétendre posséder et faire.

Bien sur à titre individuelle on peut toujours faire de son mieux, mais ce ne sera jamais suffisant et on ne pourra jamais être un exemple puisqu’on est tous dans ce système qu’il est urgent de réformer. La loi climat n’y arrivera pas, elle est un coup d’épée dans l’eau.

La loi climat qui a été votée donne l’illusion qu’on peut continuer à concilier l’écologie et l’économie sous forme de capitalisme vert, sans donner de signaux forts aux autres pays européens. Le climat se joue à l’échelle du monde, mais pour la France, l’enjeu politique est européen. Elle devrait faire figure d’exemple, sinon les autres pays ne feront probablement guère mieux. Nous avons besoin d’une nouvelle vision, c’est ça le monde d’après ! Les français ne sont pas bêtes et devraient comprendre qu’on ne peut plus continuer à consommer, à vivre, comme avant. Le coronavirus est la goutte d’eau qui devrait nous imposer les changements majeurs indispensables. Avant le coronavirus on savait que quelque chose n’allait pas mais on s’imaginait que les problèmes étaient « lointains » géographiquement et dans le temps, maintenant le virus est la, partout et nous savons au fond de nous même que ce n’est que le début. Plus personne ne veut revivre ça et surtout pas en pire comme l’actualité semble inéluctablement nous l’annoncer ! Mais nous n’écoutons déjà plus, pris à nouveau dans le quotidien et l’envie de revenir à la vie d’avant 2020, tellement meilleure…

Pour montrer mon désaccord avec la loi climat, très insuffisante, sans vision d’avenir, je marcherai « pour le climat » avec Alternatiba le dimanche 9 mai à Strasbourg ! Venez nombreux !

https://www.facebook.com/events/497323377966465

1 https://www.lalsace.fr/environnement/2021/04/28/la-fonte-des-glaciers-s-accelere-depuis-20-ans-les-alpes-durement-touchees

2 https://www.geo.fr/environnement/la-grande-barriere-de-corail-pourrait-etre-sauvee-grace-a-des-haut-parleurs-sous-marins-198868

3 https://www.geo.fr/environnement/australie-des-techniques-pour-ralentir-de-20-ans-la-disparition-de-la-grande-barriere-de-corail-204622

4 https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/temoignages-bons-eleves-avant-la-pandemie-des-lyceens-racontent-leur-decrochage-moi-qui-aimais-tant-aller-en-cours-je-n-y-arrive-plus_4382183.html

5https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/amazonie-bresil-foret-amazonienne-emet-desormais-plus-co2-quelle-nen-absorbe-depuis-10-ans-87147/

6https://www.numerama.com/sciences/708145-que-verront-exactement-les-touristes-spatiaux-depuis-la-fusee-new-shepard-de-blue-origin.html

7 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/05/04/les-deputes-adoptent-le-projet-de-loi-climat-et-resilience-en-premiere-lecture_6079097_3244.html

43 activités gratuites à vivre pour se faire plaisir

43 « activités » GRATUITES ou à moins de 5 euros à vivre ou à faire pour se faire plaisir tous les jours

MISE A JOUR DU DOCUMENT : ajout d’une rubrique sur les joies de la neige…

Ce qui a de la valeur c’est ce qui n’a pas de prix. Une fois qu’on est logé et qu’on mange chaque jour à sa faim, qu’est ce qui peut contribuer à nous rendre heureux et à nous sentir bien ?
Être heureux n’est absolument pas une question de moyens, ni de possessions matérielles, même si comme le dit le dicton populaire, « ça y contribue ».

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La démesure

Dubaï, piste de ski

Crise spirituelle et de l’imaginaire

« Les effets sont visibles avec les yeux alors que

les causes sont visibles seulement par l’esprit »

d’après Les Pensées de Blaise Pascal

La crise que nous vivons actuellement est une grave crise de société. Ce n’est pas une crise que nous traversons mais plusieurs dont la covid19 n’est que la conséquence la plus visible et la plus aiguë – celle de l’urgence. C’est un modèle, une représentation du monde qui est en train de s’écrouler, une partie de nos rêves aussi.

Mais cela pourrait être encore plus grave. Respirez. Pouvez-vous encore respirer un air pur ? L’air est-il encore respirable ?

Notre modèle de société, qu’on appelle néolibéral ou capitaliste est nuisible pour l’environnement et pour l’humain. Les collapsologues vont même plus loin en parlant de génocide. La crise du covid19 est venue nous le rappeler, lorsqu’on néglige la nature, qu’on n’y fait pas attention, elle réagit à nos dépends. La perte de biodiversité, la déforestation, l’élevage intensif et la mondialisation – entre autre – sont responsables du covid191,2. C’est notre milieu naturel que l’on sacrifie sur l’autel du profit.

Pourtant, le progrès, la science nous apporte un confort incomparable, nos sociétés dans leur ensemble n’ont jamais été aussi prospères.

Mais alors pourquoi n’est-on pas capable de vivre en harmonie avec notre environnement ?

La démesure

La réponse est simple, l’Homme ne se contente pas de ce qu’il a, il a besoin de toujours plus. Comme l’expliquait déjà dans les années 1970, le biologiste Henri Laborit, l’Homme a une tendance à la domination sociale. Descartes aussi mettait le progrès et l’homme au-dessus de la nature, une nature qu’il fallait domestiquer au profit des progrès techniques et de la science.

L’égoïsme et la vanité sont très courants dans nos sociétés et parfois exacerbés par le système consumériste : il faut avoir mieux que les autres, être à la dernière mode et avoir toujours de meilleurs et plus d’objets. C’est le principe même de notre société de consommation jamais remis en cause par les politiques depuis la seconde guerre mondiale…

Les sociétés marchandes savent très bien répondre à nos attentes et créer des besoins à travers la publicité. Dans un contexte mondialisé, les États arrivent difficilement à imposer des contraintes aux entreprises pour que les appareils soient réparables (en trouvant des pièces de rechange), durable en évitant l’obsolescence programmée.

Nous utilisons majoritairement les GAFAM et bien d’autres sites reposant sur le modèle marchand, comme Airbnb ou Uber car ils sont performants. Des alternatives existent souvent, mais parce que les sites marchands sont souvent les plus performants, les mieux référencés ou les moins chers, nous continuons bien souvent à les utiliser.

Le fait qu’un produit soit performant est une bonne chose à la double condition qu’il ne nuise pas à l’environnement et qu’il n’accentue pas les inégalités.

Concernant les inégalités, elles sont bien réelles et n’ont jamais été si importantes. Les sociétés qui font le plus de bénéfices et les plus riches paient peu d’impôt en pourcentage, moins que les petits commerces ou les classes moyennes, ce qui est d’une profonde injustice. La fiscalité serait totalement à revoir.

Il y a un lien entre la crise écologique que nous traversons et les inégalités. Les plus riches polluent davantage que les pauvres et ce sont les pauvres qui sont davantage impactés et sont les premiers migrants climatiques. C’est extrêmement injuste car les plus riches ont l’illusion de se protéger (climatisation, piscine, achat de terrain/bunker en milieu « protégé » etc) mais ne font qu’accentuer le problème.

Accepterons-nous encore longtemps la condamnation de l’espèce humaine à vivre sur une planète hostile ?

Si nous en sommes là, c’est parce que nous sommes englués dans notre quotidien et dans le type de société où nous sommes nés : on ne nous a pas laissé le choix de vivre autrement et sommes bercés par le récit que l’on nous raconte depuis que nous sommes enfants. Faire des études, trouver un travail, louer/acheter un appartement/une maison, faire des enfants/avoir « des hobbies », être en vacances quelques semaines dans l’année pour finalement partir en retraite et avoir du temps et peut être enfin commencer à vivre – et faire ce que l’on aime. Nos vies sont bien souvent une suite d’actes de consommation, y compris en vacances, pour lesquels il n’y a aucun moment ou l’on prend le temps de réfléchir au sens même de notre existence.

Ce résumé caricatural ferait rire s’il n’était pas la réalité d’un grand nombre de personnes, qu’elles en soient conscientes ou non. L’impuissance à penser un autre schéma nous mène dans l’impasse où nous sommes. Avant d’être matérialisé dans la réalité, l’idée doit d’abord se trouver dans notre esprit écrivait déjà le philosophe grec Platon. C’est une invitation à la réflexion.

Il ne s’agit ni de juger ni de culpabiliser, il faut faire un constat et prendre conscience comment nous en sommes arrivé là.

Notre société c’est progressivement inscrite dans la démesure depuis que les pays riches ont besoin des ressources de plus d’une planète Terre pour subvenir à leur train de vie : nous vivons à crédit également au niveau des ressources naturelles3. La croissance infinie du PIB et l’idéologie d’un grand nombre d’économistes et politiques est un leurre sur une planète finie. On aurait dû faire l’inverse : définir un maximum supportable de consommation par habitant sur la planète Terre pour subvenir aux besoins de chacun.

Limiter la consommation ce n’est pas revenir à l’âge de pierre ni refuser le progrès ou devenir des Amish comme ironisait notre Président, cela signifie qu’il faut refuser la démesure, l’obsolescence programmé, réduire la publicité, être plus efficient et surtout en accord et en harmonie avec la nature : trouver un équilibre pour le bien de tous.

Nous avons pêché par vanité car l’on a cru que le progrès permettrait indéfiniment d’améliorer notre confort. En réalité, malgré notre supposé intelligence, le « grand singe » n’a pas été capable de comprendre que la nature était « fragile » et qu’elle avait ses limites. Pourtant les alertes ont été nombreuses depuis les premiers écologistes au XIXème; ces avertissements se sont faits de plus en plus précis depuis les années 1960. Nous savions mais nous n’avons pas voulu écouter et réagir.

Crise de l’imaginaire

C’est un nouveau modèle de société qu’appelle la crise du covid19 que nous traversons. Le vaccin ne résoudra pas la crise profonde de notre modèle de société. Il résoudra le problème temporairement mais si nous refaisons comme avant nous traverserons d’autres pandémies et d’autres crises : financière, idéologique, climatique…

La crise économique qui fait suite au covid19 ne doit pas servir d’excuse pour ne pas changer de modèle et au contraire servir de prétexte aux entreprises les plus polluantes pour ne pas faire des efforts conséquents (aviation, constructeur automobile, compagnie pétrolière…). Tant pis si des emplois sont perdus dans ces domaines, il serait temps de réduire ce qui pollue trop.

La concurrence, la compétition, le marketing, la publicité ont largement montré leurs limites et leur obsolescence au même titre que le communisme en son temps.

L’heure est à l’entraide et à la coopération. Partout il y a de nouvelles solidarités qui se créent mais ces mouvements sont beaucoup moins visibles que les multinationales pourtant moins nombreuses que la somme des individus, mais beaucoup plus puissantes et influentes auprès des gouvernements grâce au lobbying et aux enjeux financiers.

L’État et l’Europe doivent tout faire pour diminuer les inégalités et fixer des maximums d’enrichissement personnel acceptable. L’économiste Thomas Piketty donne la voie sur ces sujets. Taxer les plus riches pour redistribuer. A quoi sert-il d’être milliardaire ou de gagner annuellement des millions d’euros dans notre société ? Accepter que des gens puissent être extrêmement riches est une mauvaise image que donne notre société  : celle de la démesure, d’autant que cette insupportable démesure est largement visible sur internet.

Ce ne sont pas les grandes fortunes qui font travailler les artisans et les commerçants au quotidien. Il faut des gens plus riches que d’autres, il faut récompenser le travail, les idées, les initiatives, le risque, mais pas dans la démesure ou le luxe nauséabond.

Comment accepter que certains possèdent un jet privé, un yacht ou désir voyager dans l’espace alors que tant d’autres n’ont même pas de quoi manger sur cette planète ?

La mesure devrait être la norme dans nos sociétés pour une meilleure justice et inclusion. La loi devrait servir à établir des limites raisonnables comme elle a su le faire pour la cigarette ou les limites de vitesse.  Faisons preuve d’imagination pour agir localement dans une nécessaire transition du niveau de fortune et des inégalités. Les limites de ce qui est acceptable restent à définir mais elles sont nécessaires. Ce n’est pas seulement du point de vue sociologique qu’il faut raisonner, il faut aussi et surtout prendre en compte ce qui est soutenable au niveau écologique. Cela devrait être le bon sens dont nous nous sommes dangereusement éloignés.

Nous traversons une crise de l’imaginaire car on n’oublie que d’autres représentations de notre société seraient possibles.

Par exemple pourquoi le chômage existe t-il encore ?

Suite à la crise du covid19 on devrait être à plus de 10% de chômage dans notre pays.

Il y a tellement de travail à effectuer pour le bien commun qu’il serait efficient de créer une plate-forme proposant des millions d’emplois utiles pour la société dans son ensemble. On a des besoins énormes dans la santé, l’éducation (au sens large, y compris l’éducation populaire), l’écologie, la précarité, les personnes âgées.

En supprimant la notion de « demandeur d’emploi » on pourrait instaurer un « revenu collaboratif » (ou « revenu de base ») pour toutes les personnes « sans emploi », souhaitant quitter le salariat ou au RSA (qui devrait disparaître chacun devant avoir droit à un travail). Le montant de ce « revenu collaboratif » pourrait dépendre en partie du nombre d’heure effectué ou de l’investissement collaboratif pour que chacun trouve son compte. Beaucoup de gens ne font pas ce qu’il aime au travail mais ne le quitte pas car ils doivent rembourser un crédit, un loyer etc.. et nourrir leur famille.

En donnant la possibilité de quitter plus facilement un travail qu’on n’aime pas on verrait facilement les domaines où il ne faut pas investir parce que ce n’est pas humainement acceptable (ex : travail à la chaîne, répétitif). C’est dans ces domaines qu’il faut, quand c’est nécessaire, robotisée / automatisée ou tout simplement supprimer des postes ou des filières (ex : télémarketing…).

La démocratie pourrait également trouver tout son sens via les outils numériques et pas juste pour choisir le nez du tram à Strasbourg ou le logo de sa plaque d’immatriculation… On peut se connecter à sa banque, payer ses impôts, consulter son relevé de Sécurité Social via internet pourquoi ne pourrait-on pas voter et prendre part aux décisions de façon beaucoup plus large qu’actuellement ?

Le niveau politique actuel avec notre État hyper centralisé est-il pertinent ? Les décisions ne devraient-elle pas être prises au niveau le plus local, l’agglomération, la commune ou le département, au plus proche des habitants dans leur quotidien.

Les sujets ne manquent pas tellement il y aurait de choses à améliorer dans notre société.

Faisons fonctionner notre imagination et surtout agissons. Ce n’est pas de petit pas ou de mauvais compromis dont nous avons besoin (ex : la convention citoyenne pour le climat proposait de taxer les véhicules au delà de 1,4 tonnes, hors la proposition de loi a retenu 1,8 tonnes4….), mais d’une direction clair et de la pédagogie, pour plus de cohérence.

La convivialité, voir ses amis, sa famille, aller au café, au restaurant, au musée, se faire plaisir en consommant modérément et localement etc… toutes ces choses « simples » doivent être préservées mais tout le superflu, les luxes inutiles ne devraient plus exister ou être fortement diminués. Il ne s’agit pas de supprimer l’art ou toutes les formes de spectacle, danse, etc… mais bien d’arrêter de produire des objets coûteux au niveau environnemental (et pour le portefeuille).

Pourquoi construire des voitures trop lourdes, trop puissantes ou qui polluent trop ?

Le vrai luxe n’est pas dans le matériel. Se faire plaisir ce n’est pas nécessairement s’offrir quelque chose de coûteux. Le problème ce n’est pas de s’acheter du thé au centre ville mais bien de croire que pour être heureux il faut changer d’équipement régulièrement, avoir ce qu’il y a de mieux ou de plus cher.

C’est également une crise spirituelle que nous traversons. Beaucoup de gens en sont conscients, pourtant notre modèle économique repose toujours sur la surconsommation. Il suffisait de se promener dans les rues commerçantes des centre ville – avant le covid – pour s’en rendre compte.

La nature est magnifique, nous faisons partie de ce vivant, elle porte en elle quelque chose d’extraordinaire qui nous échappe et nous dépasse.

Le bonheur c’est maintenant, au moment où vous lisez ces lignes, pas à la retraite ou lorsque vous aurez acheté le dernier iPhone, la dernière carte graphique, ou gagné au loto.

Revenir au bon sens : coopération, frugalité et davantage de local

L’entraide en soi n’est pas suffisante, elle nécessite également un état d’esprit, une disposition bienveillante ou l’on met de côté sa vanité. Un professeur d’Université peut apprendre d’un ouvrier et inversement. Les femmes et les hommes de ce monde se complètent quelque soit leur niveau d’étude et à fortiori leur position sociale.

La coopération n’est pas une fin en soi, un groupe qui coopère peut également s’améliorer et apprendre des autres. Finalement deux groupes (ou personnes) peuvent se faire concurrence et au final c’est la meilleure solution, ou la solution la plus crédible, rentable qui est retenue. L’idée c’est d’avancer ensemble, dans la même direction, pour le bien commun.

L’idée c’est de partir du principe qu’il est stupide de se faire concurrence dans le but d’écraser l’autre, de le faire couler, l’entraîner dans un stress ou une dépression (ce qui peut arriver si l’on perd son emploi ou tout son argent en créant une entreprise par exemple).

Comme pour toute chose, la compétition n’est pas une mauvaise chose si elle est bien utilisée. De nos jours, elle l’est à l’excès dans beaucoup trop de domaines. Entre les sociétés privées et parfois même entre les institutions publiques et en interne avec la compétition pour l’accès à de meilleurs postes. C’est contre productif et ce système a largement montré ses limites et ses incohérences.

La coopétition est un mot-valise illustrant l’idée que la coopération et la compétition utilisées en bonne intelligence permettent à chacun de s’améliorer sans laisser personne de côté.

Les outils numériques sont une formidable opportunité pour inventer de nouveaux possibles. Au niveau démocratique par exemple ou pour limiter la consommation dans les domaines les plus polluants (km en avion, en voiture etc).

L’idée c’est qu’on ne puisse pas faire n’importe quoi sous prétexte qu’on a de l’argent. Demain on pourra toujours prendre l’avion ou sa voiture mais au-delà d’un certain nombre de km parcouru il faudrait une fiscalité adaptée, en fonction des ressources, par palier progressif. Le numérique permet de le faire, saisissons cette opportunité.

La connaissance est infinie, c’est dans ce domaine qu’on devrait mettre le paquet. L’homme n’aura jamais fini d’apprendre, d’éveiller sa conscience. Vous pouvez avoir deux doctorats, parler cinq langues et vous rendre compte que vous ne savez encore rien sur cette terre (alors dans l’Univers n’en parlons pas). Vous pourrez toujours apprendre des autres, des enfants, de la nature.

La profondeur de la vie n’a pas de limite , elle ne se limite pas à nos cinq sens : la poésie, le rêve, l’amour font partie de la vie dans ce qu’elle a de plus beau.

Nous sommes fait pour vivre ensemble en étant ancrés dans notre territoire, que ce soit pour les échanges au quotidien, pour l’agriculture et la production de certains biens (comme les masques ou le gel !!). Cela n’empêche pas de produire à distance certains produits (électronique par exemple) mais cela doit se faire dans une certaine mesure et surtout de façon compatible avec la planète et de façon éthique pour tout le monde (fiscalité, pollution, droit du travail, dignité…). La mondialisation ne doit pas être un néocolonialisme déguisé mais une expérience de fraternité et de conscience universelle. C’est le travail de l’ONU, allons plus loin avec cette organisation.

Aujourd’hui les équipements électroniques et informatiques ne sont plus suffisamment optimisés ou surdimensionnés (« frigo connecté », téléphone avec 4 caméras etc), ce sont des pistes pour arrêter cette course à la puissance et à l’équipement.

Nous avons les mains pleines, des services comme jamais nous n’en avons eux et n’avons pas réussi à être heureux, c’est que le matériel n’est pas suffisant et que l’humain a besoin  davantage de « chaleur humaine » et d’être réellement connecté avec la nature.

Un retour à une vie simple, frugale, plus locale me semble indispensable pour freiner cette course en avant au toujours plus. Faudra t-il que la forêt brûle à côté de chez nous pour que nous réagissions ?

Deux degrés supplémentaires dans l’atmosphère c’est déjà beaucoup trop, il est urgent que l’homme ait un impact minimal sur son environnement. Nous devrions passer de l’anthropocène, où nous avons une influence néfaste sur notre environnement à la Noosphère5 ou l’on est conscient de faire partie de la nature6.

C’est aux États (à défaut de davantage de pouvoir dans nos communes) que revient en grande partie cette responsabilité de créer un monde plus juste avec moins d’inégalité et plus en accord avec l’environnement. En attendant, c’est à chacun de faire des efforts et de montrer la voie.

Fabien Romary, Strasbourg, le 14/11/2020

1https://www.actu-environnement.com/ae/news/covid-19-coronavirus-pandemies-epidemie-biodiversite-lien-synthese-scientifique-fondation-recherche-frb-35512.php4

2https://www.worldenvironmentday.global/fr/le-saviez-vous/la-biodiversite-et-les-coronavirus

3https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/pollution/combien-de-terres-faudrait-il-si-tout-le-monde-vivait-comme-vous_135948

4https://www.lefigaro.fr/conso/l-etat-va-instaurer-un-malus-automobile-20201015

5https://fr.wikipedia.org/wiki/Noosph%C3%A8re

6Sur ces sujets on pourra lire les philosophes Arne Naess sur l’écologie profonde, Spinoza et son concept d’immanence ou encore le prêtre et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin

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La joie du chemin : Camino del Norte, de la plage du Bidart à Bilbao, 7 jours de marche

du 08/07 au 15/07/2018

180km, une semaine de marche ou 1h30 en voiture…

Début juillet 2018, au tout début des vacances scolaires, avec mon frère et mon fils de 10 ans nous avons effectué une semaine de marche, soit 180km, entre la plage de Bidart (située entre Biarritz et Saint-Jean-de-Luz) et Bilbao (Espagne) en suivant le « Camino del Norte » c’est-à-dire l’un des chemins de Compostelle qui suit le littoral au nord de l’Espagne….

Télécharger le récit de cette semaine de marche sur le Camino del Norte (Compostelle nord) (12 pages)

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